Beastie Talks, c’est notre série Talks qui nous donne l’occasion d’en apprendre plus sur les freelances qui ont rejoint BeastieJob.

Pour notre premier Talk, c’est Fabrice Michellonet, fondateur de SCOP-IT, qui s’y colle. Il partage avec nous son parcours de consultant, son point de vue sur le monde du freelancing et nous fait découvrir le modèle de coopérative qu’il a choisi, avec ses partenaires pour SCOP-IT.

C’est parti !

Sébastien Pastor - Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots. Qui es-tu M. Fabrice Michellonet ?

Fabrice Michellonet - Je m’appelle Fabrice. Moi ça fait un bon petit moment que je travaille. Près de 16 ans. J’ai toujours été dans le conseil. Dans des domaines assez larges : la data et le développement. fabrice Le consulting m’a permis d’acquérir beaucoup de compétences qui me semblaient plus difficiles à avoir en client final, parce que tu vas moins évoluer avec les technologies. Pour moi, le consulting c’était ça.

SP - Ça a été un choix immédiat au sortir de ta formation ou es-tu passé par la case CDI ?

FM - Non j’ai été salarié. En fait si on regarde sur les 16 ans de vie professionnelle j’ai été plus salarié que freelance. J’ai été dans 2 boîtes principalement [ NDLR, 2 ESNs : WINWISE et DEVOLIS ] , assez spécialistes des technos Microsoft [ NDLR, Fabrice est bien accepté au sein du collectif malgré cet handicap 😄 (private joke) ]. Alors bien sûr, les freelances souvent critiquent les ESNs, pourtant celles-là m’ont apporté des compétences, m’ont mis le pied à l’étrier. Ça s’est passé comme ça, j’ai évolué d’abord en SSII et puis à un moment quand je suis devenu grand, je me suis dis que ça serait pas mal de monter ma boîte, de prendre un peu mon essor tout seul, de m’orienter vers les choses que j’ai envie de faire. C’est là aussi que je me suis rendu compte, que même si ce n’est pas la panacée d’être en SSII, on rencontre aussi des problématiques dans le freelancing.

SP - Quand tu es passé freelance, tu étais sur quel statut ?

FM - Moi j’étais en EI. J’ai fais une petite étude de marché. J’ai parlé à des indépendants. J’ai consulté un comptable pour avoir une idée de ce que ça allait engendrer : quel serait mon chiffre d’affaire, quel serait la meilleure forme juridique à prendre afin de sécuriser mon activité, sécuriser ce que j’ai en commun avec ma femme.

SP - Combien de temps a duré ton activité sous ce format (car je sais que tu as évolué par la suite avec un statut particulièrement original dont on va parler) et comment à l’époque trouvais-tu des missions ?

FM - Comme je disais tout à l’heure, je suis devenu freelance quand je suis devenu « grand ». Devenir « grand » pour un gars dans notre métier, c’est en gros quand tu commences à être reconnu par des clients; par des collègues que tu as déjà croisé et que eux-même commencent à t’appeler. En tout cas c’est comme ça que je l’ai ressenti,

je suis devenu freelance quand je suis devenu « grand »

je suis devenu grand à ce moment là. Ça s’est passé comme-ça [ NDLR, la recherche de mission ], je me suis retrouvé un moment avec presque chaque semaine, quelqu’un pour me filer du taff. Et c’était pas des commerciaux ou des SSII. Et du coup, comment je trouvais du boulot ? Simplement, en décrochant le téléphone 😄. Même aujourd’hui, c’est le réseau assez proche qui m’apporte des missions.

SP - Donc, tu n’as pas eu affaire à des ESNs qui essayaient de placer un freelance ?

FM - Ah mais si bien sûr ! Car c’est pas par parce que l’on me proposait des choses que ça collait avec mon calendrier. Donc il m’est arrivé, pas très souvent, 2 ou 3 fois de travailler pour des ESN. Que ce soit parce que je me trouvais dans un moment où j’avais un peu moins de boulot, ou parce que, ce qu’elles proposaient, était particulièrement intéressant.

le commercial t'appelle, au bout de 10 secondes montre en main, t'as l'impression que c'est ton meilleur pote et lui te dit que t'es le mec le meilleur du monde et que attention ! "Ils vont se battre pour toi". Tu fais l'entretien avec eux chez le client. Et là tu te rends compte que le mec ou la nénette ne sait pas du tout de quoi on est en train de parler avec le client.

SP - Comment ça c’est passé avec elles ?

FM - Le truc de base, enfin, je pense que c’est ce que l’on a tous vécu : le commercial t’appelle. Au bout de 10 secondes montre en main, t’as l’impression que c’est ton meilleur pote et lui te dis que t’es le mec le meilleur du monde et que attention ! Ils vont se battre pour toi.Tu fais l’entretien avec eux chez le client. Et là tu te rends compte que le mec ou la nénette ne sait pas tout de quoi on est en train de parler avec le client. Après si l’entretien s’est bien passé, il/elle te paie une bière, donc plutôt sympa. [ NDLR , c’est déjà ça ]. Il te rappelle une semaine après « C’est bon t’es pris ! » et puis tu le revois plus.

SP – Enfin … tu penses à eux à chaque facturation …

FM - Ah ouais, j’allais oublié, le mail tous les 20 du mois que tu reçois pour te demander ton CRA signé et la facture … Le 20 … « bin attends je vais finir de bosser mon mois et je t’envoie ça. OK ? »

SP - Ça c’est ton avis/expérience sur les ESNs, as-tu une expérience avec les plateformes type Malt ou Comet ?

FM - J’ai fais un peu de Malt. Je vais dire que, par rapport à une ESN standard, j’ai l’impression que c’est un peu plus recherché. Déjà parce que la personne qui t’appelle pour valider ton compte et te demander ce que tu recherches comprend un peu plus que le mec [ NDLR , d’une ESN classique ] qui parfois vend des consultants, parfois des micro-ondes. Quand il y a un lead, en tout cas pour moi, ça matchait assez bien, malgré mon profil atypique (dev/data). Cependant je n’ai pas eu de mission contractée avec eux (essentiellement, je pense, car j’étais en recherche de temps partiel).

SP - Et Comet ?

FM - Non, pas d’XP particulièrement, j’ai rempli mon profil, mais finalement jamais validé car je n’en avais plus besoin.

SP - Si tu avais un état des lieux à faire sur l’activité de consulting actuellement, ce serait ?

FM - Y a beaucoup de problèmes dans notre industrie, justement sur cette zone un peu grise avec le client final qui ne sait pas vraiment ce qu’il achète bien souvent. Il a du mal à savoir exactement la valeur de la prestation qu’il a. Des ESN qui manquent complètement de transparence sur le « markup » qu’elles prennent. En plus de ça j’ai beaucoup de mal à accepter que l’on prenne un « markup » sans rien faire. Tu prends un « markup » en faisant quelque chose ça me va (facturation à la manière de société de portage par exemple). Si tu fais rien,

j’ai beaucoup de mal à accepter que l’on prenne un « markup » sans rien faire.
là ça me gêne vraiment. J’accepte beaucoup mieux le principe de l’apporteur d’affaire : c’est à dire que le gars te trouve un client, il prend, je sais pas moi, 2 mois de com’ et après il prend rien. [ NDLR, Modèle proche de celui de BeastieJob ]. Ça c’est côté indep., mais côté Client aussi y a des problèmes : j’ai souvent de bonnes et franches relations avec mes clients. Un des premiers trucs que je me permets de leur dire c’est « vous ne devriez pas m’avoir aussi longtemps chez vous. C’est pas normal. » Le deuxième truc c’est « mais pourquoi vous passez par des ESNs pour vos recrutements ? Faites votre recherche et récupérez le haut du panier par vous même. » Vous n’avez pas besoin d’ESNs qui ne font pas de taff. Côté grosses boites, elles nécessitent que tu sois référencé parce qu’elles ont des politiques d’achat. C’est très compliqué de te battre pour essayer de rentrer quand tu es indep. (ça arrive mais c’est compliqué). C’est le truc parfait pour les ESNs qui peuvent elles remplir 300 000 formulaires pour être référencées.

SP - Si on arrive à changer ça, ce serait fantastique, même si on sait que cela va être un travail de longue haleine.

FM - Les petites boites, y a moins de besoin : l’assurance PRO … par exemple, mais ça reste pas trop de boulot.

SP - D’ailleurs as-tu eu des pbs pour te faire payer sur ce type de petite boite ?

FM - Oui une fois. Un client un peu « tête en l’air », sans problème de trésorerie vraiment. Ils devaient être 40 personnes et surtout pas très organisés.

BeastieJob ? Moi j’ai trouvé ça génial !

SP – Allez encore 3 petites questions et c’est fini ! La première question, que penses-tu de l’initiative BeastieJob (Attention, question piège, t’es un peu obligé de dire du bien)

Ouais, on s’est découvert sur Twitter, via un ami commun [ NDLR, JB ce serait cool si on pouvait boire un coup ]. Moi, j’ai trouvé ça génial ! Il faut un moment, clarifier les choses, à la fois pour le consultant et pour le client. Il faut dire explicitement ce que l’on fait. Il faut que ce soit clair. C’est ce que vous m’avez montré lorsque vous m’avez présenté le projet : On fait une plateforme, on met en relation des gens, tu payes « one shot » et puis après tu gères ta relation comme tu veux. T’es un grand garçon. De toute façon, tous les jours t’es chez lui ou en communication avec lui, c’est toi qui l’a fait cette relation. « On simplifie la vie à tout le monde, on est transparent » : bin moi j’aime ça, j’aime quand c’est transparent.

SP - Que penses-tu de ceux qui disent « Ahhhhh encore une nouvelle communauté ! … » Est-ce que tu penses que les freelances ont encore de la place dans leur petit coeur pour un nouveau collectif ?

FM - Moi je pense que ça peut marcher. Y a beaucoup de gens autour de moi qui en ont marre du mode de fonctionnement actuel (ESN, …) et qui ont juste envie d’avoir un point d’ancrage pour trouver des missions mais après de gérer en direct. La prise d’envergure des boîtes type Comet, c’est pas pour rien ! On est déjà dans cette mouvance là qui est : je veux de la simplification, je veux de la transparence. Vous poussez le concept encore plus loin. Et, d’ailleurs, pourquoi pas un jour, « Open sourcer » ce travail là et rendre gratuit cette mise en relation ?

SP - Eh bien figures-toi … c’est pas idiot ce que tu dis 😄, car on se dirige, par certains aspects, vers une appropriation de la plateforme par les freelances eux-mêmes. On voudrait que Beastie, même si ç’est notre bébé à la base, qu’il soit transformé par ceux qui l’utilisent, et pourquoi pas, à terme, trouver un autre mode de rémunération pour les personnes qui gèrent la plateforme et rendre le service gratuit. (on en reparle Eric 😄)

FM - Ah bin, tu vois, on en avait encore jamais parlé. Si c’est pas quelque chose qui vous semble complètement déconnant … vous êtes formidables !

SP - 😂 😂 😂

SP - Quelques minutes pour nous parler de SCOP IT, ta structure. Comment ce modèle de fou fonctionne ? Comment tu as eu l’idée ? Je n’avais personnellement jamais entendu parler d’un fonctionnement pareil dans l’IT et je suis sûr que ça va en intéresser plus d’un.

FM - Super sympa de me permettre d’en parler. Moi quand j’étais indep. pur, j’étais heureux sur plein plein de choses, mais il me manquait le fait d’être dans un groupe, d’avoir une force de frappe tout en gardant le pouvoir de décision. On était quelques uns dans mon cercle d’ami proche. Certains indep.,

Il n’y a pas de patron, de mec qui te donne des ordres

d’autres salariés. On a cherché comment allier les 2. Ce qu’on a trouvé c’est le format de la coopérative. Dans la tête de plein de gens, c’est des agriculteurs, qui se mettent ensemble pour faire du vin, pour faire du lait. Et bien, c’est ça aussi pour nous : on se met ensemble en gardant chacun nos spécificités tout en travaillant pour une même boîte. Il n’y a pas de patron, de mec qui te donne des ordres. Mais par contre, tu n’es pas tout seul, et tu dois arriver à faire des consensus , faire en sorte que la boîte fonctionne bien au quotidien. C’est un formidable outil de travail. Vous ne vous réveillerez jamais avec le patron de votre boîte qui a décidé de la vendre un matin. C’est pas possible. Car c’est toi et tes collègues qui possèdent la boîte.

SP - Tu me disais que chaque salarié compte pour une voix dans l’affaire, chacun touche le même salaire, quelque soit le TJM de chaque consultant ?

FM - Ça c’est l’implémentation que l’on a fait chez SCOP IT. Je serai super heureux, si des gens sont intéressés, d’aller boire un verre avec eux pour leur en dire plus. Mais, ouais, l’implémentation que l’on en a faite est la suivante : quelque soit le TJM, on gagne tous le même salaire. Et à la fin de l’année, le reste des bénéfices est redistribué de manière équitable. On a tous le même argent au fond de la po-poche. Et puis de manière démocratique, chaque personne a le même pouvoir de décision : Si on décide d’acheter des voitures de fonction, on va procéder à un vote et la majorité l’emporte.

SP - Et ça marche ! Vous êtes une dizaine avec de beaux clients : Loréal je crois me souvenir …

FM - Oui on est presque 12 ! On a des boîtes du secteur du luxe, des banques, des startups, des boîtes dans la vente en ligne, un peu d’industrie, … Et ça se passe super bien.

SP - C’est vraiment un modèle particulièrement inspirant.

FM - S’il faut faire des émules parmi les indep. : n’hésitez pas à me contacter.

SP - Toutes les informations sont à la suite de ce POST.

Merci Fabrice Michellonet !

Merci à vous d’avoir lu ce POST. A bientôt pour le #2 !

Pour contacter Fabrice